Clavier azerty ou qwerty : comprendre les vraies différences

25 février 2026

Le hasard n’a jamais vraiment eu sa place sur un clavier. Sous nos doigts, chaque lettre, chaque symbole, chaque raccourci traduit des choix techniques et culturels bien plus anciens qu’on ne le croit. En France, l’AZERTY règne, alors que partout ailleurs, le QWERTY s’impose. La question n’est pas anodine : derrière ces six lettres d’apparence banale se cache tout un pan de notre rapport à la langue, à la technologie, et à la manière dont nous écrivons le monde.

Dans le paysage numérique d’aujourd’hui, il est difficile d’ignorer l’importance des claviers d’ordinateur ou de téléphone. Mais pourquoi sont-ils différents d’une langue à l’autre, ou même d’un pays à l’autre ? Pourquoi le clavier AZERTY est-il utilisé en France plutôt que le clavier QWERTY ? Est-ce une question de langue ?

AZERTY vs QWERTY : toute une histoire

Les claviers QWERTY et AZERTY ne sont pas nés d’hier. Leur origine nous ramène au XIXe et au début du XXe siècle, à l’époque où la machine à écrire était la star des bureaux.

QWERTY : une invention née des contraintes mécaniques

Le QWERTY est le fruit d’une époque où la mécanique dictait la cadence. Aux États-Unis, Christopher Latham Sholes, confronté à l’enchevêtrement des tiges sur les premières machines, a modifié l’ordre des lettres pour éviter que tout se bloque. Fini l’alphabet linéaire, place à une organisation pensée pour ralentir la frappe… et préserver la machine. Plus récemment, le chercheur Koichi Yasuoka a proposé une autre piste : Sholes aurait aussi calqué la disposition sur le code Morse, alignant notamment les S, E, Z et I pour faciliter la retranscription des messages télégraphiques, une activité vitale au XIXe siècle.

Comment l’AZERTY a-t-il vu le jour ?

Les premières machines à écrire françaises utilisaient tout simplement le QWERTY importé. Mais rapidement, le marché francophone a vu apparaître l’AZERTY, au début du XXe siècle. Les raisons précises de ce basculement restent floues : on sait seulement que les fabricants ont adopté une variante plus adaptée à la langue française, sans véritable documentation sur les arbitrages techniques ou linguistiques de l’époque. Résultat : une disposition propre à la France, qui persiste aujourd’hui.

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Un même alphabet, mais des variantes multiples : le paysage des claviers est loin d’être uniforme. Voici quelques exemples qui illustrent la diversité des claviers AZERTY et QWERTY selon les pays.

  • Le clavier belge et français ne sont pas identiques. Les Belges utilisent bien l’AZERTY, mais certains symboles, accent circonflexe, point d’exclamation, changent de place.
  • Le QWERTY n’est pas figé non plus. Au Canada, les francophones privilégient un QWERTY modifié, avec la possibilité de saisir un « É » majuscule facilement. En Espagne, le QWERTY s’adapte pour introduire la lettre « ñ », indispensable à la langue.
  • En Allemagne et dans la plupart des pays d’Europe centrale, c’est le QWERTZ qui s’impose, une variante où le Z remplace le Y, afin de coller aux besoins linguistiques locaux.
  • La Turquie, elle, a développé son propre clavier, le « F », dans les années 1950. Ce modèle a été élaboré à partir de l’analyse statistique du turc et de l’étude de l’anatomie de la main, pour offrir un maximum de confort. Certains y préfèrent toujours un QWERTY modifié, preuve que les habitudes sont tenaces.

On note aussi que pour d’autres alphabets, comme le cyrillique, l’arabe ou l’hébreu, des claviers spécifiques existent, adaptés à chaque système d’écriture.

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QWERTY et AZERTY ont été pensés pour les machines d’hier, pas pour les usages intensifs d’aujourd’hui. Résultat : ils sont accusés de favoriser les troubles musculo-squelettiques et de limiter la productivité. Plusieurs alternatives sont apparues au fil des décennies, mais aucune n’a réussi à détrôner les standards établis.

Le clavier Dvorak, priorité à l’ergonomie

Imaginé dans les années 1930 par August Dvorak, ce clavier place les lettres et caractères les plus courants en anglais sur la rangée centrale. Objectif : réduire les mouvements inutiles et accélérer la frappe. Des adaptations existent pour d’autres langues, mais l’inertie des utilisateurs freine massivement son adoption.

L’alternative française : le clavier Marsan

Dans les années 1970, Claude Marsan tente un pari similaire en France. Après avoir analysé la fréquence de 400 000 mots français, il déplace les lettres les plus utilisées sur la ligne de repos. Le résultat ? Un clavier dont la forme évolue et qui sépare les touches en deux groupes. Mais, ici aussi, la greffe ne prend pas.

Colemak : revisiter QWERTY sans tout bouleverser

Au début des années 2000, Shai Coleman propose le Colemak, une variante pensée pour l’ergonomie. Les touches Z, X, C et V restent à leur place, facilitant la transition pour les adeptes des raccourcis clavier. Plus efficace, plus confortable, le Colemak promet beaucoup… mais le QWERTY ne lâche rien.

Bépo, la réponse française moderne

Face à l’échec du Marsan, le clavier Bépo voit le jour dans les années 2000. Inspiré de Dvorak, il privilégie l’ergonomie et la facilité d’accès aux lettres fréquentes, symboles, ponctuation et majuscules accentuées. Une petite communauté l’a adopté, mais l’AZERTY reste ultra-dominant.

Quelles évolutions pour les claviers francophones ?

En 2015, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France lance une réflexion sur l’avenir des claviers. Deux ans plus tard, l’Afnor publie une nouvelle version du Bépo et de l’AZERTY. Les internautes sont appelés à donner leur avis, et plus de 3 000 retours sont pris en compte. C’est ainsi qu’en avril 2019, la norme NF Z71-300 voit le jour.

Cette norme vise plusieurs objectifs concrets :

  • Uniformiser les claviers d’ordinateur en France ;
  • Optimiser l’ergonomie des modèles proposés ;
  • Rendre l’accès aux caractères spéciaux, aux langues régionales françaises et à d’autres langues de l’alphabet latin plus facile ;
  • Garantir une transition simple pour les utilisateurs habitués à l’existant.

Vers un AZERTY plus pratique

L’Afnor ne bouleverse pas tout : l’agencement des lettres reste identique, mais certains signes, comme les voyelles accentuées, l’arobase, les hashtags ou les symboles monétaires, sont placés à des endroits plus accessibles. Les usages modernes, notamment sur les réseaux sociaux, sont enfin pris en compte.

Bépo : des possibilités enrichies

Le Bépo aussi évolue. Désormais, les « touches mortes » associées à d’autres permettent de composer de nouveaux caractères spéciaux, une avancée pour ceux qui travaillent dans plusieurs langues ou manipulent souvent des symboles techniques.

À noter : la norme NF Z71-300 reste volontaire. Les fabricants ne sont pas tenus de l’adopter, et il faudra surveiller si les recommandations de l’Afnor se traduisent concrètement sur les prochains modèles de claviers.

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